Revue de l’année 2018 – Nulle part où se réfugier

Après une année de calme sans précédent en 2017, où ils ont fait des gains dans pratiquement toutes les catégories d’actif, les investisseurs sont revenus sur terre en 2018.

Pour voir le rapport complet, avec la totalité de ses sections, tableaux et diagrammes, veuillez consulter le document PDF ci-joint, figurant à la fin de cet article.  

La croissance des bénéfices des sociétés est demeurée robuste, mais le cycle de resserrement monétaire en cours aux États-Unis et l’exacerbation des tensions commerciales (surtout entre les États-Unis et la Chine) ont fait croître la prime de risque sur les actions et exercé une pression à la baisse sur les multiples d’évaluation. Les rendements des marchés des actions se sont ressentis des inquiétudes quant à la longueur du cycle économique en cours (2019 devrait marquer un record à ce titre pour les États-Unis) et à la possibilité d’un ralentissement de la croissance mondiale. Une forte volatilité s’est surtout fait sentir pendant tout le mois de décembre, dans les cours des actions comme des obligations. Les marchés des actions américaines ont accusé un recul marqué, ce qui a réduit l’ampleur de leur surrendement par rapport aux actions des autres pays. L’indice S&P 500 a évité de peu d’entrer en territoire baissier, avec un déclin du sommet au creux de l’ordre de 19,8 %, pour ensuite rebondir de 6,6 % à la fin de l’année. Les taux de rendement des obligations nord-américaines ont connu de larges variations. Les rendements des obligations canadiennes de deux ans ont terminé l’année en hausse, en raison des trois hausses de taux d’intérêt apportées par la Banque du Canada, et ceux des obligations de dix ans ont fini en baisse. Dans l’ensemble, cela s’est soldé par un modeste gain pour les investisseurs obligataires. Mais surtout, les obligations leur ont procuré un contrepoids nécessaire aux actions, comme ils l’attendaient d’elles. En effet, l’indice obligataire universel FTSE TMX Canada a bondi de près de 3 % au quatrième trimestre, pendant que les actions tiraient de l’arrière.

Les actions américaines ont fini en territoire négatif, mais ont continué de mieux faire que celles des autres marchés développés. Les vigoureux bénéfices des sociétés, stimulés par les réductions d’impôt, ont apporté un soutien fondamental aux actions américaines. La contraction des multiples a presque entièrement contrebalancé l’effet positif de la croissance des bénéfices, ce qui a donné lieu à des rendements négatifs. Il s’agit là d’un changement notable par rapport aux rendements réalisés en 2017, de l’ordre des 20 %. Les revers ont surtout été essuyés au quatrième trimestre et ont annulé les gains respectables affichés jusque là.

Les actions canadiennes ont été malmenées, minées qu’elles étaient par la baisse des prix des marchandises et par certaines difficultés propres au Canada, comme l’endettement élevé des ménages, les prix élevés des maisons, la faiblesse des prix du pétrole, les goulots d’étranglement freinant les exportations de ressources, les frictions commerciales et les questions de compétitivité des entreprises. De l’autre côté de l’Atlantique, les tensions politiques et l’incertitude ont pesé sur les actions européennes, le Royaume-Uni se rapprochant d’un Brexit dur en 2019 et l’Italie étant dirigée par un nouveau gouvernement, dont l’avis sur la politique budgétaire tranche nettement avec les lignes directrices de l’Union européenne. L’indice MSCI Marchés émergents est entré en territoire baissier en septembre, en raison de l’appréciation du dollar américain, du resserrement des liquidités mondiales, du ralentissement de l’économie chinoise, de l’incertitude commerciale et d’autres problèmes (surtout politiques) émanant de la Turquie, de la Russie et de l’Amérique latine.

Les tensions commerciales ont dominé les manchettes en 2018. La partie de bras de fer entre les États-Unis et la Chine a été grandement défavorable, les investisseurs craignant ses répercussions sur le cycle économique, qui dure déjà depuis longtemps. Le président Trump et ses conseillers commerciaux ont défrayé quasi quotidiennement la chronique, donnant ainsi le ton aux marchés financiers. Les États-Unis, le Mexique et le Canada sont enfin arrivés à un accord préliminaire au sujet d’une version révisée de l’ALENA (maintenant appelé AEUMC), mais les tergiversations à son sujet ont fortement nui aux actions canadiennes.  

Les divergences de politique monétaire sont demeurées un thème d’actualité. La Réserve fédérale a poursuivi sa série de hausses trimestrielles avec quatre hausses de taux en 2018, pour un total de neuf augmentations depuis la fin de 2015. Elle a aussi poursuivi la réduction de son bilan pour que les largesses du programme d’assouplissement quantitatif deviennent chose du passé. L’Europe et le Japon ont pour leur part maintenu leur politique ultra-accommodante. La Banque du Canada a quant à elle hissé ses taux trois fois, évitant de faire preuve d’autant d’audace que la Réserve fédérale en raison des pourparlers en cours sur l’ALENA, de la faiblesse des prix du pétrole sur le marché intérieur et de l’endettement élevé des consommateurs. Le manque de vigueur du huard a favorisé les investisseurs canadiens exposés à des placements étrangers.

Actions canadiennes

L’énergie a fait défaut

La confiance à l’égard des actions canadiennes est demeurée médiocre. Les pertes affichées par l’indice composé S&P/TSX (TSX) ont été les plus marquées pendant les deux périodes d’instabilité mondiale de la fin du mois de janvier et du quatrième trimestre. Les négociations au sujet de l’ALENA se sont avérées un obstacle, et la conclusion en octobre d’une entente provisoire a peu fait pour arranger les choses. Autre facteur plombant le TSX : son exposition démesurée à des secteurs sous-performants, en particulier l’énergie. Même si l’indice composé était à la traîne de l’indice S&P 500, il a surclassé les marchés des actions de l’Europe, du Japon et des marchés émergents en monnaie locale.

Le prix du pétrole américain West Texas Intermediate (WTI) s’est effondré au quatrième trimestre, perdant plus de 40 % à partir de son sommet d’octobre, de 76 $ US. Par contre, ce n’est que la moitié de l’équation en ce qui concerne le secteur canadien de l’énergie, où les pipelines formaient le thème central en 2018. Ou plutôt, devrions-nous dire, le manque de pipelines. En effet, les capacités insuffisantes d’acheminement du pétrole ont miné le secteur, l’élargissement des écarts (entre le Western Canadian Select et le WTI américain) nuisant à la confiance déjà chancelante envers les producteurs pétroliers canadiens. La situation a atteint un point critique en juillet, quand le gouvernement fédéral est intervenu pour acheter le projet d’expansion de Trans Mountain à la société Kinder Morgan Canada. Le gouvernement albertain a plus tard pris des mesures sans précédent en vue d’amorcer l’acquisition de wagons et de locomotives pour stimuler la capacité d’acheminement ferroviaire de pétrole brut. Il a aussi imposé des réductions de production dans toute l’industrie. Les prix du pétrole canadiens se sont améliorés en fin d’année, mais la confiance envers le secteur demeurait maussade.

L’important secteur financier a lui aussi tiré de l’arrière. Les préoccupations au sujet de l’endettement des consommateurs et du ralentissement du marché de l’habitation au pays ont éclipsé la vigueur des résultats financiers des banques, même si les six grandes banques ont affiché ensemble un bénéfice record de 45,3 milliards de dollars pendant l’exercice 2018. Le secteur des matériaux a lui aussi nui aux résultats de l’indice : les prix du cuivre étaient faibles en raison des craintes de ralentissement de la croissance, et les sociétés aurifères ont été surclassées par le prix du lingot d’or. Le manque d’enthousiasme pour les actions canadiennes était encore plus flagrant parmi les sociétés à petite capitalisation, l’indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX étant entré en territoire baissier à la fin de l’année.

Actions américaines

Le marché haussier traîne en longueur…

Les actions américaines ont continué de surclasser celles du reste du monde, mais l’année 2018 n’a pas pour autant été de tout repos pour elles. L’indice S&P 500 a connu une belle reprise, après un début d’année sous le signe des liquidations. Cela a valu au marché d’enregistrer en août la plus longue séquence haussière de l’histoire (qui durait alors depuis 3 453 jours). Au quatrième trimestre, une correction a cependant effacé tous les gains cumulatifs de 2018 et a bien failli porter le marché en territoire baissier. Les vigoureux bénéfices des sociétés, stimulés par les réductions d’impôt, expliquaient en grande partie le surrendement des actions américaines. Les hausses de taux d’intérêt et le conflit commercial qui perdure entre les États-Unis et la Chine ont plus que contrebalancé ce facteur positif, ce qui s’est soldé par une compression des multiples d’évaluation menant à des rendements négatifs. Le manque de vigueur du huard a légèrement amplifié le rendement des actions américaines pour les investisseurs canadiens.

Les actions de sociétés technologiques (dont certaines ont changé de catégorie pour passer au nouveau secteur des « services de communication ») ont finalement repris leur souffle après la flambée inexorable de leurs cours au cours des dernières années. L’indice NASDAQ, au contenu fortement technologique, a réussi à surclasser l’indice S&P 500 pour l’année, mais est entré en territoire baissier en décembre. Ses cinq titres phares (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google) ont connu des replis de 36 % en moyenne. Certains problèmes propres à chacun de ces titres étaient aussi à blâmer, surtout le scandale sur les données personnelles d’utilisateurs de Facebook. Les craintes voulant que la croissance mondiale voie sa cadence diminuer ont miné les secteurs cycliques comme l’industrie, l’énergie et les matériaux. Les signes suggérant un ralentissement de la croissance, l’aplanissement de la courbe de rendement et l’incertitude politique ont érodé les rendements des sociétés financières américaines. Les secteurs défensifs comme la santé et les services aux collectivités ont été les seuls gagnants, ce dernier secteur ayant bénéficié de la chute des taux obligataires au quatrième trimestre.

Actions internationales

Marchés modestes et politique volatile

La situation en Europe est demeurée trouble à la fin de 2018. Les trois grandes forces traditionnelles de l’Europe, l’Allemagne, la France et l’Angleterre, ont toutes traversé des difficultés politiques qui ont pesé sur les marchés boursiers européens. La chancelière allemande Angela Merkel a perdu un important soutien politique. En France, le président Macron a dû composer avec des manifestations populaires pendant qu’il tentait de mettre son programme de réforme en application. Mais personne n’a été plus éprouvé que la première ministre anglaise, Theresa May, dont les plans de Brexit sont encore dans les limbes, malgré l’imminence de l’échéance de mars 2019. Dans de contexte et avec la croissance médiocre constatée dans certaines économies de la région, les actions européennes ont connu un recul de deux chiffres pour l’année. L’euro et la livre sterling ont aussi affiché des baisses considérables. Entre-temps, les actions japonaises n’ont pas pu échapper à la liquidation des actions mondiales. La chute marquée qu’elles ont subie au quatrième trimestre les a poussées en marché baissier, l’indice Nikkei 225 Stock se retrouvant ainsi en terrain négatif pour l’année.

Après un gain exceptionnel de 34 % en 2017, les marchés émergents ont connu leur lot de difficultés en 2018, entrant en territoire baissier en septembre. Le resserrement des liquidités mondiales (découlant des hausses de taux d’intérêt aux États-Unis et de l’appréciation du dollar américain) et les signes de modération de la croissance économique mondiale ont nui aux marchés émergents. La menace d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine y ont miné la confiance, surtout en Asie, où l’on craint que le bras de fer actuel puisse s’envenimer et déstabiliser l’ordre commercial mondial. La vigueur du dollar américain a défavorisé les pays ayant une dette importante libellée dans cette devise, comme la Turquie et l’Argentine, qui ont toutes deux connu une crise de change en 2018.

Titres à revenu fixe

Un chemin cahoteux

L’indice obligataire universel FTSE TMX Canada a produit un rendement total positif en 2018. Toutefois, les investisseurs obligataires ont dû composer avec une forte volatilité des marchés. Le changement de trame de fond, où la propension au risque a cédé la place à l’aversion au risque, s’est traduit par d’importantes variations pendant la période. L’indice obligataire universel a affiché une baisse cumulative de plus de 1 % à trois reprises, pour rebondir en territoire positif chaque fois. Les rendements des obligations américaines de dix ans ont fortement progressé au début de 2018 et ont dépassé les 3 % à quelques reprises, un taux que l’on n’avait pas constaté depuis 2013, brièvement en plus. Enfin, le quatrième trimestre a vu ces rendements reculer pour atteindre 2,68 % en fin d’année. Le taux de rendement des obligations de 10 ans du gouvernement du Canada s’est hissé au-dessus des 2,5 % pour la première fois depuis 2014 avant de reculer de façon semblable au quatrième trimestre et de terminer l’année environ où il l’avait commencée. La Réserve fédérale a haussé ses taux chaque trimestre, alors que la Banque du Canada l’a fait trois fois. Tant aux États-Unis qu’au Canada, l’inflation est demeurée stable, la hausse des salaires demeurant contenue malgré le taux de chômage extrêmement bas.  

Dans l’ensemble, les obligations à court terme ont mieux fait que les obligations à long terme, et les obligations d’État ont damé le pion aux obligations de sociétés. Les obligations de sociétés de la catégorie investissement et les obligations à rendement élevé ont clôturé l’année avec des écarts de taux plus larges, mais ont affiché des résultats positifs grâce à leur taux de rendement effectif supérieur.

Perspectives des marchés financiers de 2019

Atteindre un subtil équilibre

Au tournant de l’année 2019, le thème général qui sous-tend nos perspectives est celui de la modération. Dans les cycles de marché, nous sommes d’avis que l’accélération est suivie par la modération, qui cède enfin le pas à un repli. La modération est une étape normale, bien que peu agréable. Fait important : elle signifie que la croissance est à un point culminant, sans toutefois s’accompagner d’un recul de l’économie ou des bénéfices des sociétés. La croissance est simplement plus faible. Les mouvements observés dans les bénéfices des sociétés, rendements obligataires et évaluations des actions viennent changer les coûts d’opportunité de toutes les catégories d’actif. Nous recommandons une position neutre (concordant avec la tolérance au risque), qui n’affiche de surpondération ni en obligations ni en actions. Pour en savoir plus sur ce que pourraient nous réserver les marchés financiers en 2019, veuillez lire l’article Perspectives des marchés financiers de 2019 de GLC : atteindre un subtil équilibre.

© GLC, 2018. Vous ne pouvez ni reproduire, ni distribuer, ni utiliser autrement toute partie du présent article sans l’autorisation écrite préalable de GLC Groupe de gestion d’actifs Ltée.

Ces commentaires sont l’expression de l’opinion de GLC à la date de leur publication et sont susceptibles d’être modifiés sans préavis. De plus, rien ne garantit que les tendances décrites dans ce document se maintiendront ou que les prévisions se réaliseront, parce que les conditions de l’économie et des marchés changent fréquemment. Ce document représente une source d’information d’ordre général et n’a pas pour but d’inciter le lecteur à acheter ou à vendre des placements spécifiques, ni de fournir des conseils juridiques ou fiscaux. Avant de prendre une décision de placement, les investisseurs potentiels devraient passer en revue avec soin tous les documents de placement pertinents et demander l’avis de leur conseiller.