Les crises : accélérateurs de tendance. Six exemples courants sur les marchés.

Les crises servent d’accélérateurs de tendance. Mater artium necessitas : la nécessité est la mère de l’invention. Depuis la nuit des temps, les crises agissent comme des catalyseurs d’innovation et la situation actuelle n’y fait pas exception. 

En tant que gestionnaires de placements actifs, nous accordons une grande importance à l’identification et à la compréhension des tendances en mouvement en tant que catalyseurs qui nous permettent de dénicher d’excellentes occasions d’investissement. L’analyse ascendante des sociétés repose sur la capacité à reconnaître les gagnants et les perdants sur une base relative dans un contexte qui ne cesse de changer. Dans vos discussions avec vos clients investisseurs ou comme investisseur vous-même, vous allez certainement entendre parler davantage de ces tendances et de leur évolution sur les marchés des actions et des obligations, et dans le monde dans son ensemble. Cet article présente les six grandes tendances que nous surveillons actuellement. 

Nous sommes conçus pour faire face au changement.

La COVID-19 a occasionné d’importants bouleversements, que cela nous plaise ou non. Ce qu’il faut retenir, c’est que même une crise ne peut pas altérer les caractéristiques fondamentales de l’être humain. Par ailleurs, tout changement n’est pas forcément mauvais. L’humain a une grande capacité d’adaptation : nous sommes conçus pour faire face au changement. Voilà ce qui nous a permis de survivre et de nous épanouir sur cette planète pendant des millénaires. Espérons que certains changements bénéfiques qui résultent de cette pandémie, comme le lavage plus fréquent des mains, se maintiennent.

  • Nous sommes des êtres sociaux. Dame Nature nous a dotés d’une capacité à la fois exceptionnelle et paradoxale de mémoire et d’oubli. Nous sommes particulièrement doués pour perdre le souvenir d’événements qui blessent, font peur ou provoquent un malaise une fois la menace passée.
  • Nous sommes des explorateurs résilients. En nous remémorant les attentats terroristes du 11 septembre et les appréhensions que suscitaient les voyages par la suite, ce sont la nervosité, la peur et l’incertitude qui nous viennent spontanément à l’esprit. Puis, les choses ont changé et nous avons tranquillement repris le cours de nos vies et de nos déplacements. Notre perception de la menace s’est grandement estompée (sous l’effet de la réalité ou de la fiction), notamment grâce à de nouvelles mesures de sécurité contraignantes et coûteuses. En fin de compte, les gens se sont mis à voyager plus que jamais.
  • Nous sommes des innovateurs. Un problème consiste tout simplement en une situation qui nécessite une solution, et vous êtes à la hauteur du défi! Le capitalisme, par le truchement d’entrepreneurs et d’innovateurs, a toujours été un terreau propice à la résolution de problèmes. En fait, chaque relation entre un conseiller et son client se fonde sur la prémisse selon laquelle nous sommes à même de personnaliser, d’adapter et d’innover des solutions en fonction de scénarios nouveaux et uniques à une échelle individuelle. 

Tendance no 1 – Une nouvelle tendance

Nous évoluons désormais dans un monde où prime la sécurité.

Des protocoles de sécurité ont toujours existé dans la société contemporaine, mais la priorité était jusqu’à maintenant donnée à la prestation du produit ou du service. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Maintenant, les sociétés mettent l’accent d’abord sur la sécurité, puis sur les modalités du produit ou du service qu’elles offrent. 

Les mesures de sécurité mises en place occasionneront des coûts de temps et d’argent et se répercuteront peut-être sur le niveau de service. Elles offrent toutefois aux plus innovateurs et créateurs l’occasion de se forger un avantage concurrentiel. Votre choix d’hôtel ou de transporteur aérien s’arrêtera-t-il sur celui qui offre le meilleur prix ou qui se situe au meilleur endroit? Peut-être pas, si vous n’êtes pas convaincu de sa conformité avec les consignes sanitaires. Les nouvelles technologies, l’adoption plus rapide de technologies existantes (notamment l’enregistrement en ligne et la chambre d’hôtel sans clé) et la présence de personnel et de ressources additionnels ou réoutillés joueront un rôle déterminant dans votre choix. Le secteur des conseils, lui, sera confronté aux mêmes impératifs : ce sont les conseils permettant de répondre aux questions « comment » et « quoi » qui importeront le plus. Ceux qui offrent les deux d’une manière qui sécurise les clients et qui leur donne confiance tireront leur épingle du jeu. 

Tendance no 2 – Une tendance en hyperaccélération

Où le cœur aime, là est le foyer.

Certaines tendances ayant fait l’objet d’une hyperaccélération sautent aux yeux. Tout ce qui est numérique l’emporte haut la main (par ex., lecture en continu, achat ou activation de la maison) : le télétravail, les fournitures de bureau à la maison, le confort au foyer, le commerce électronique, la vente au détail en ligne et le virtuel sous toutes ses formes, des anniversaires aux rassemblements familiaux en passant par les conférences et les réunions à deux ou à mille. 

De nos jours, la vente au détail en ligne est devenue une nécessité et non un luxe pour toutes les entreprises. Comme nous avons déjà pu constater, le commerce électronique (défini par le U. S. Census Bureau comme les détaillants hors magasin) a vu une très forte augmentation de sa part des ventes au détail.

Du 23 mars au 12 juin 2020, les actions de Thor Industries, de Winnebago, de Bombardier Produits Récréatifs et de Shopify ont vu une hausse considérable de leurs cours (de 205 %, 192 %, 156 % et 98 % respectivement), surpassant de beaucoup l’indice composé S&P/TSX et l’indice S&P 500.

Les marchés des actions se sont rapidement lancés à la recherche des bénéficiaires potentiels de ce phénomène. En situation de surrendement se trouvent les paniers d’actions (appelés affectueusement « jeux de COVID ») qui comprennent des sociétés offrant ou rendant possible le télétravail, la technologie, la lecture en continu de vidéos, la vente au détail en ligne, l’infonuagique et le stockage de données ainsi que les semi-conducteurs.

Fort de ses gains, le commerce électronique représentait 19,4 % de l’ensemble des ventes au détail aux États-Unis en date du mois d’avril 2020, selon Bloomberg.

Bien qu’Amazon et Shopify dominent les manchettes, la liste des titres enregistrant des rendements exceptionnels comprend également certains noms liés aux loisirs discrétionnaires qui normalement seraient aux prises avec de faibles résultats dans les conditions actuelles de récession (il suffit de penser aux produits de consommation comme les véhicules récréatifs, les motomarines, les motoneiges et les véhicules tout-terrain). Les investisseurs saisissent l’attrait des activités de loisirs qui peuvent avoir lieu individuellement ou en contexte de confinement. Les cours boursiers des fabricants de véhicules récréatifs Thor Industries et Winnebago sont en hausse de 209 % et de 212 % respectivement depuis leurs creux du mois de mars; les actions de la société canadienne BRP, même si un écart de 16 % continue de les séparer de leurs sommets précédents, ont rebondi de 66 % depuis leurs creux récents. Compte tenu de la fermeture ou du peu d’attrait des installations publiques, et du fait que les gens sont davantage à la maison, ce sont les conforts domestiques et la vie en plein air à proximité du foyer qui gagnent du terrain. Les actions de la société américaine Pool Corporation (qui vend tout ce qui touche aux piscines et à l’arrière-cour et compte 375 adresses mondialement) ont atteint de tout nouveaux sommets dans la foulée de la pandémie, en hausse de 19 % pour l’année.

Malheureusement, ces scénarios ne feront pas que des gagnants, notamment du côté des secteurs qui vous éloignent de la maison. Les transporteurs aériens et les hôtels sont en situation périlleuse, car tant les voyages d’agrément que les voyages d’affaires mettront sans doute du temps à revenir à leurs sommets de 2020 : à titre d’exemple, le titre de Marriott International demeure en baisse de 39 %, American Airlines a perdu 45 % et le recul d’Air Canada se chiffre à 63 %. 

Tendance no 3 – Une tendance incertaine

Qu’en est-il de l’expression proverbiale « la maison loin de chez soi »?

Il faudra un certain temps avant de bien comprendre le sort réservé à la valeur immobilière des espaces à bureaux. En effet, le télétravail a franchi une étape décisive avec pour conséquence possible une baisse de la demande de bureaux. D’un autre côté, les contraintes liées à l’espace seront une nouvelle réalité avec laquelle il faudra composer pour les personnes qui retournent à leur lieu de travail. En effet, la distance à respecter entre les gens entraînera une demande accrue d’espace. Dans l’ensemble, les bureaux et les plans d’aménagement devront forcément s’adapter. De l’aménagement des bureaux aux systèmes de chauffage, ventilation et climatisation en passant par le mobilier, voilà autant de considérations qu’il faudra prendre en compte pour nous ajuster à la nouvelle réalité de la distanciation sociale et des mesures sanitaires décrétées par le gouvernement. C’est dans ce contexte qu’émergeront de nouvelles occasions; les plus créatifs qui sauront les saisir profiteront d’un bond de croissance.

Tendance no 4 – Une tendance en recul

Le recul de la mondialisation (déjà bien entamé) devrait s’accélérer avec la révision des politiques au profit de priorités nationales.

Il suffit de penser à la hausse des activités de délocalisation intérieure, de délocalisation à proximité et de restructuration des chaînes d’approvisionnement. Après des décennies où tant le libre-échange que la mondialisation avaient la cote, des changements en matière d’échanges commerciaux mondiaux, d’ententes commerciales protectionnistes et de diversification commerciale (toutes des tendances s’étant amorcées avant la pandémie de COVID-19) sont plus que jamais présents dans le discours actuel visant les fournitures essentielles et leurs fournisseurs ainsi que la sécurité nationale, et la complexité des liens qui unissent tous ces éléments s’en trouve décuplée. 

Aujourd’hui, les nations se replient sur elles-mêmes. Bien que le virus ne connaisse pas les frontières et que la collaboration mondiale soit considérée comme essentielle pour combattre la maladie, force est de constater que de plus en plus de pays semblent adopter une attitude individualiste. On n’a qu’à penser aux récents propos du ministre des Finances français, Bruno Le Maire, qui préconisait la réduction de la dépendance de la France envers quelques grandes puissances, à commencer par la Chine, pour l’approvisionnement de certains produits, tout en qualifiant d’essentiel le besoin d’étayer la souveraineté du pays dans les chaînes de valeur stratégiques comme les voitures, l’aérospatiale et les médicaments. 

Ces changements ont d’importantes ramifications pour les entreprises :

  • Les industries qui ont profité de l’ouverture des frontières et de la mondialisation seront aux prises avec des vents contraires. L’époque où les sociétés pouvaient concentrer le plus clair de leurs activités de production dans des régions à faible coût sans égard aux frontières ni aux distances est bel et bien révolue.
  • Les entreprises devront s’armer de résilience, de souplesse et de stratégies de redondance. Les processus que cela exige sont à la fois coûteux et chronophages. Après des décennies d’impartition, le simple fait de comprendre votre chaîne d’approvisionnement (encore moins la sécuriser) peut représenter une tâche colossale. De grandes multinationales manufacturières, comme les constructeurs automobiles et aéronautiques, peuvent avoir jusqu’à 5 000 fournisseurs de premier rang. Si chacun de ces fournisseurs fait affaire avec 250 fournisseurs de deuxième rang en moyenne, on parle donc de 1,25 million de fournisseurs pour la société initiale.
  • Or ces défis sont porteurs d’occasions. La délocalisation intérieure fera surgir de nouvelles (ou peut-être d’anciennes) occasions permettant aux entreprises de combler les écarts. Il pourrait en résulter une hausse de l’activité économique à mesure qu’elles investissent pour s’adapter, ainsi qu’un besoin accru de main-d’œuvre pour instaurer les nouveaux procédés.

Tendance no 5 – Une tendance de rigueur en matière d’investissement

Rachats d’actions et hausses de dividendes sous la loupe.

La perspective d’une hausse d’impôts plane sur nous tous et un niveau d’endettement déjà élevé n’a fait qu’augmenter dans le contexte du confinement. Le coût associé à des taux d’intérêt historiquement bas permet d’atténuer cet endettement. La capacité d’accroître la dette pour le rachat d’actions et la hausse de dividendes sera toutefois réduite, car les bilans sont déjà étirés et une hausse est à prévoir du côté des coûts du fardeau fiscal (voir la tendance no 4). En effet, on remet de plus en plus en question la demande sociale pour cette pratique d’alchimie des bilans.

  • Des voix discordantes s’élèvent, y compris celle du candidat démocrate à la présidentielle américaine, Joe Biden, qui sur Twitter a imploré tous les P.-D.G. des États-Unis de s’engager publiquement à ne pas racheter les actions de leur société au cours de la prochaine année.
  • Au Royaume-Uni, les banques ont suspendu le versement de dividendes à la demande de la Banque d’Angleterre.
  • Aux États-Unis, en Allemagne et en France, les bénéficiaires des programmes d’aide gouvernementale ne peuvent pas verser de dividendes (une interdiction de racheter les actions vise également les entreprises américaines).
  • Au Canada, le Bureau du surintendant des institutions financières, l’organisme de réglementation du secteur bancaire, publiait une note en mars dans laquelle il indiquait clairement s’attendre à ce que toutes les institutions financières fédérales interrompent tout processus d’augmentation des dividendes ou de rachat d’actions. Le BSIF a pris soin d’employer l’expression « augmentation des dividendes ». (Ne vous inquiétez pas, bien que rien ne soit garanti, nous ne nous attendons pas à une réduction des dividendes de la part des banques canadiennes, qu’elle soit volontaire ou conséquente à une quelconque réglementation). 

Au cours des dix dernières années, les rachats d’actions ont été un important catalyseur de la demande d’actions (en faisant augmenter les cours boursiers). En fait, certaines études ont même suggéré que depuis la grande crise financière, le plus clair des gains réalisés par l’indice S&P 500 a été alimenté par les billions de dollars issus des rachats d’actions d’entreprises. En freinant cette pratique, on retire du coup une source importante de soutien du prix des actions. 

Tendance no 6 – Une tendance qui inquiète

Les mesures de sauvetage adoptées par l’État ne peuvent pas être maintenues indéfiniment.

Alors que la société se tourne vers les gouvernements pour fournir une aide temporaire en ce temps de crise, nous devons nous rappeler qu’une intervention sans précédent de l’État dans l’économie ne peut durer. Comme toutes les crises, celle de la COVID-19 passera et il suffira que l’occasion se présente pour qu’une nouvelle vague d’énergie, d’innovation et d’adaptation commerciales déferle sur nous. Cette vague risque toutefois d’être étouffée par un État perpétuellement surdimensionné qui cultive le risque moral et chouchoute les sociétés et industries moribondes. Cela risque de freiner la « destruction créatrice » si nécessaire à l’émergence de l’innovation et de l’entrepreneuriat (comme le défendait l’économiste américain d’origine autrichienne de renom du 20e siècle Joseph Schumpeter) pour ouvrir la voie à la mise au point de nouvelles technologies, au remodelage d’industries existantes et à la naissance d’industries nouvelles, un ensemble de facteurs qui constitueront la bougie d’allumage de la croissance économique future.

Où allons-nous maintenant?

Les crises sont des accélérateurs de tendances, mais elles sont également des catalyseurs de changement et d’innovation.

Déjà, nous voyons des fermetures d’entreprise; les sociétés les plus robustes survivront et leur ingéniosité deviendra alors un avantage encore plus grand. Bien qu’il ne se fasse pas sans heurts, le changement n’a pas à être forcément négatif. Le capitalisme et les entrepreneurs se sont toujours avérés d’excellents résolveurs de problèmes et innovateurs. Le capitalisme fera assurément partie de la solution. 

Les marchés des capitaux sont au cœur du capitalisme et l’investissement met en relation ceux qui ont un excédent d’épargne avec ceux qui ont besoin de capitaux pour investir. Des gestionnaires de placements actifs comme GLC, avec notre savoir-faire, nos méthodes de recherche rigoureuses et nos processus disciplinés, sont un ingrédient clé dans le bon fonctionnement des marchés des capitaux. Notre objectif : dénicher des occasions profitables. Pour ce faire, nous misons sur une affectation des ressources financières à la fois efficiente et efficace. Les incitatifs derrière ce déploiement sont un moteur important de la prise de risque, de l’innovation et de la croissance qui profitent autant aux investisseurs qu’à l’ensemble de la société.

Toutes les données sont en date du 12 juin 2020; source : Bloomberg.

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