Ne laissez pas la politique faire déraper votre programme de placement à long terme

À l’approche de l’élection présidentielle américaine du 3 novembre, nous assistons à une intensification de la rhétorique et de la couverture médiatique. Ce faisant, il devient de plus en plus difficile d’éviter le sujet. Qu’il s’agisse d’élire la toute première vice-présidente issue d’une minorité visible en la démocrate Kamala Harris, ou de reporter au pouvoir le très controversé Donald Trump, le ronronnement sempiternel des petites phrases électoralistes et les tentatives de positionnement alimentent la grande machine médiatique comme une roue qui ne cesse de tourner. 

Tout cela importe-t-il aux investisseurs canadiens à long terme? La réponse courte est non, du moins pas pour ce qui est de justifier la modification de leur programme de placement à long terme. Dans cette optique, nous vous offrons quelques réflexions sur la façon dont les marchés des actions aux États-Unis ont réagi lors des précédentes campagnes électorales. L’histoire nous apprend que le rendement des marchés dans l’ensemble est lié à l’économie, au cycle économique et aux bénéfices des sociétés bien plus qu’au bruit électoral ambiant. Nous apportons également un éclairage sur le programme électoral des deux candidats présidentiels ainsi que l’éventuelle réaction des marchés, selon l’issue du scrutin. 

Les années électorales sont-elles défavorables aux marchés des actions?

De façon intuitive, les dernières semaines avant des élections américaines nous portent à croire qu’une hausse de l’incertitude est à prévoir sur les marchés, et qu’il serait donc préférable de rester à l’écart jusqu’au lendemain du scrutin, une fois que le prochain président aura été désigné. Les données à l’appui de cette hypothèse ne tiennent toutefois pas la route.

De 1980 à 2019, le rendement de l’indice S&P 500 au cours des années électorales était en moyenne légèrement inférieur à ce qu’il était dans les années non électorales (9,6 % versus 11,4 %). Cependant, l’indice S&P 500 fait mieux en moyenne de septembre à la fin de l’année au cours d’années électorales comparativement aux d’années non électorales.

Nous nous sommes reportés 36 ans en arrière jusqu’en 1980, puis avons comparé le rendement de l’indice S&P 500 au cours d’années non électorales à ce qu’il était au cours d’années électorales. Nous avons exclu 2008 de notre analyse, ayant conclu que les élections américaines n’avaient pas joué de rôle déterminant dans la crise financière mondiale et que les données pour cette année risquaient de fausser les résultats. 

Déboulonnage de mythe par GLC : Les périodes électorales ne sont pas synonymes de piètres résultats pour les marchés des actions. Les résultats sur les marchés dans les semaines précédant le scrutin étaient plus vigoureux que la moyenne des résultats à pareille date pour l’ensemble des années. Qui plus est, les gains, quoique plus faibles que dans les années non électorales, se sont poursuivis jusqu’à la fin de l’année une fois l’incertitude électorale levée. En fait, si l’on se fie à l’histoire, la meilleure pratique des investisseurs consistait à conserver leurs placements pour toute l’année civile, ou du moins pour la durée de la période électorale (du 1er septembre au 31 décembre). 

La volatilité est-elle une caractéristique inhérente aux années électorales?

L’indice VIX, qui mesure la volatilité des marchés, a enregistré des niveaux annuels de volatilité inférieurs à la moyenne au cours de chacune des années électorales depuis 1992, à l’exception des années 2000, 2008 et 2020, lorsque les crises financières provoquaient déjà des turbulences inédites sur les marchés.

Seuls les mois précédant et suivant les élections de 2008 sont sensiblement plus volatils que la moyenne pour l’année. À notre avis, le rendement du marché des actions en 2008 est davantage le résultat de la crise financière mondiale que des élections, mais nous avons tout de même cru bon d’inclure les données dans ce cas à titre comparatif. Qu’en est-il de 2020 jusqu’à maintenant? La volatilité est certes élevée cette année. Pour l’heure, nous considérons cette volatilité comme le reflet de la pandémie mondiale de COVID-19 plutôt que la conséquence d’un quelconque facteur électoral. À notre avis, la volatilité demeurera élevée d’ici la fin de 2020. Les élections y joueront un certain rôle, qui ne sera toutefois pas plus important que ne le sont les difficultés économiques entourant la COVID-19. 

Déboulonnage de mythe par GLC : Bien que l’incertitude entraîne généralement de la volatilité dans les marchés, celle qu’on associe à la course à la présidence aux États-Unis n’a rien de particulier. 

Les républicains sont favorables à Wall Street, tandis que les démocrates sont plus sensibles à la réalité des gens ordinaires, n’est-ce pas?

Une comparaison du rendement des cours seulement de l’indice S&P 500 pour la durée des mandats présidentiels selon le parti (de 1980 à 2016, exception faite de 2008) permet de constater que les démocrates sont associés à un rendement moyen de 14,2 %, comparativement à seulement 7,0 % pour les républicains. Le rendement de l’indice S&P 500 est étonnamment constant tout au long des mandats présidentiels, tant en moyenne qu’en fonction des années individuelles (surtout si l’année 2008 n’est pas prise en compte). Le rendement moyen des marchés tend à monter et à descendre au fil des mandats présidentiels : 4,5 % dans la première année, 5,6 % dans la deuxième année; 15,7 % dans la troisième année, puis 2,4 % dans la dernière année.

Voilà une autre affirmation inexacte, du moins si vous vous appuyez sur les données des marchés boursiers pour tirer vos conclusions. Depuis 1980, les actions américaines ont mieux fait lorsqu’un président démocrate était au pouvoir. Même si nous excluons la crise financière mondiale de 2008 alors que George Bush était au pouvoir, les rendements obtenus dans les années républicaines demeurent en deçà des chiffres associés aux démocrates. Malgré le discours actuel, qui suggère qu’une victoire de Joe Biden (et un raz-de-marée des démocrates) serait néfaste pour le marché des actions, l’histoire nous apprend qu’un démocrate dans la Maison-Blanche ne nuit pas aux rendements boursiers. Chaque président depuis 1980 a connu au moins une année de rendements à deux chiffres. Fait à souligner, hormis les présidents Reagan et G. W. Bush, dont les mandats ont été assombris par deux des plus graves récessions de l’histoire moderne (celle du début des années 1980 et celle de la grande crise financière), les moyennes sur toute la durée des mandats sont demeurées remarquablement constantes, autour de 14 %. 

Déboulonnage de mythe par GLC : Aucun parti n’est nuisible aux actions. Les rendements sont tributaires de l’économie qui propulse les marchés bien plus que des couleurs politiques de la personne tenant les rênes à Washington. En bref, les marchés des actions font très bonne figure loin des récessions! 

Notre conseil? Tenez-vous-en à votre plan! Ne vous laissez pas distraire par le battage médiatique, puis rappelez-vous les considérations fondamentales qui ont servi à l’élaboration de votre programme de placement à long terme. À moins d’une modification de votre horizon de placement, de vos objectifs de placement ou de votre tolérance au risque, rien ne justifie que vous procédiez à des changements simplement parce qu’il s’agit d’une année électorale. Rappelez-vous ceci : le rôle des médias consiste à capter notre attention et non à nous aider à assurer notre sécurité financière à long terme. Avec le soutien d’un conseiller financier, vous êtes la personne la mieux placée pour réaliser cet objectif. 

Considérations pour les investisseurs à l’aube des élections américaines

Maintenant que nous avons établi que le rendement des marchés est lié à l’économie, au cycle économique et aux bénéfices des sociétés bien plus qu’au bruit électoral ambiant, regardons de plus près le programme de chacun des candidats à la présidence pour en voir l’incidence possible sur l’économie américaine et les sociétés nord-américaines. Mis à part un résultat qui tarde à être annoncé en raison de sa contestation, trois issues jugées plausibles circulent actuellement : 

Scénario 1 pour les élections américaines – Le statu quo (c.-à-d. victoire de Donald Trump, Sénat contrôlé par les républicains et Chambre des représentants contrôlée par les démocrates) : 

Ce scénario constituerait le meilleur gage de stabilité pour les marchés des capitaux. La politique américaine continuerait de suivre la trajectoire qu’elle suit depuis quatre ans. Il y a cependant un risque que nous assistions à un Donald Trump plus volatil, plus pompeux et plus imprévisible une fois délesté des inquiétudes quant à sa réélection. Ce risque touche plus particulièrement les échanges commerciaux, les relations sino-américaines autres que commerciales et les cas de violation des lois antitrust par les grandes sociétés technologiques (comme Amazon, Apple, Microsoft, Facebook et Twitter). N’oublions pas que les démocrates aspirent eux aussi à limiter la portée de ces grands joueurs. Ils ont, en effet, proposé des politiques fiscales ciblées afin d’augmenter l’impôt sur le revenu étranger qui toucheraient des multinationales basées aux États-Unis (les grandes sociétés technologiques étant du nombre). Le secteur des technologies puise 56,5 % de ses revenus à l’extérieur des États-Unis, comparativement à 39,7 % pour l’ensemble des sociétés qui forment l’indice S&P 500. 

Scénario 2 pour les élections américaines – Joe Biden remporte la présidence, mais ne provoque pas de « vague bleue » (c.-à-d. victoire de Joe Biden, Sénat contrôlé par les républicains et Chambre des représentants contrôlée par les démocrates) :

Les marchés des capitaux pourraient accueillir très favorablement ce scénario. Les relations commerciales et internationales s’amélioreraient sans doute sous une présidence Biden (du moins pour ce qui est des pays alliés), tandis que les politiques fiscales défavorables aux marchés que privilégient les démocrates seraient tenues à l’écart dans un Congrès divisé. L’un des risques que comporte ce scénario, c’est qu’une impasse viendrait restreindre les dépenses budgétaires comparativement à d’autres scénarios, avec pour effet un resserrement de facto de la politique budgétaire au moment même où l’économie américaine dépend des dépenses gouvernementales pour traverser la crise provoquée par la pandémie.  

Scénario 3 pour les élections américaines – Une « vague bleue » au profit de Joe Biden (Joe Biden remporte la présidence et les démocrates s’emparent du Congrès) :

Les marchés des capitaux perdraient sans doute du terrain. Cette issue serait de toute apparence la moins favorable pour les marchés des capitaux. Cependant, lorsque nous regardons de plus près, le risque de baisse est peut-être moins grand qu’il n’y paraît. Bien qu’on puisse s’attendre à une hausse des impôts, du salaire minimum et de la règlementation, un effet compensatoire serait à prévoir du fait d’une forte augmentation des dépenses gouvernementales, de l’atténuation des tensions commerciales et du recul probable du dollar américain. Soit, le programme de Joe Biden s’appuie sur une hausse des impôts et du salaire minimum, ainsi qu’un resserrement du contexte réglementaire. L’étendue et l’échéancier de ces initiatives demeurent toutefois incertains. Il y a lieu de croire que les démocrates ne mettront pas pleins gaz pour instaurer tous les changements proposés en bloc alors que l’économie américaine continue de se relever de la pandémie. Pour mettre les choses en perspective, on estime que les baisses d’impôt instaurées par Donald Trump ont bonifié le bénéfice par action de l’indice S&P 500 de 30 $. S’il était adopté tel quel aujourd’hui, le programme fiscal de Joe Biden retrancherait de 13 $ à 16 $ du bénéfice par action du même indice. Le ratio cours/bénéfice se situant entre 20 et 24, c’est l’équivalent de 300 à 350 points de l’indice S&P 500 ou environ 8 à 10 %. La hausse des dépenses publiques et le recul du billet vert seraient profitables au bénéfice par action, de sorte qu’un effet avoisinant les 5 % est plus plausible. Ce ne sont pas forcément de bonnes nouvelles, mais il ne s’agit pas non plus d’une catastrophe pour les marchés boursiers. 

Les échanges commerciaux demeurent le point central pour le Canada et les sociétés canadiennes – L’attitude des candidats par rapport à la question des échanges demeure la considération la plus importante pour les Canadiens. Des vents nationalistes et protectionnistes soufflent à l’échelle planétaire. Joe Biden nous paraît plus sympathique aux pays alliés sur la question des échanges commerciaux (y compris avec le Canada). La plus récente tirade de Donald Trump concernant les tarifs sur l’aluminium canadien nous montre que, malgré la renégociation de l’ALENA, les tensions commerciales ne sont pas complètement dissipées. Au-delà des facteurs inhérents au Canada, la politique commerciale états-unienne est un sujet autour duquel le président peut exercer un pouvoir considérable sans l’aval du Congrès. Les deux candidats souhaitent voir se poursuivre la tendance de délocalisation intérieure et de réduction des échanges en provenance de la Chine. Nous connaissons déjà le discours de Donald Trump, mais ce même président, fort d’un second mandat (donc délesté de toute préoccupation quant à sa réélection) pourrait très bien augmenter la pression sur la Chine sur un éventail de fronts, notamment les échanges commerciaux, la technologie et l’hégémonie régionale. Comme c’est le cas aujourd’hui, le président Trump n’hésite pas à déclencher des guerres commerciales avec bien d’autres pays, tant alliés qu’ennemis. Tout compte fait, Joe Biden devrait adopter un ton plus conciliant avec les pays alliés et appliquer une politique tarifaire moins erratique tout en manifestant un plus grand respect pour les institutions mondiales du commerce (OMC, OCDE, G20 pour ne nommer que celles-là), ce qui ferait de sa victoire un événement positif au chapitre des échanges commerciaux entre les États-Unis et le monde. 

Dollar américain : Plus de bleu = recul du vert (billet) – Une victoire de Donald Trump exercerait de la pression sur le billet vert compte tenu de sa position plus ferme sur la question des échanges commerciaux. Une « vague bleue » pour Joe Biden entraînerait une faiblesse du dollar américain avec le relâchement des tensions et la hausse du déficit. Dans un geste contre-intuitif en apparence, immédiatement après l’annonce des résultats, nous pourrions assister à une reprise du dollar américain dans la foulée de l’incertitude causée par des élections contestées. Il s’agirait alors tout simplement du recours à un actif perçu comme une valeur sûre traduisant l’aversion des investisseurs pour le risque. 

Garder le cap sur la gestion active du portefeuille – À moyen ou à long terme, nous nous attendons à ce que l’incidence des élections américaines sur les marchés des capitaux soit modérée. Quelles qu’en soient l’issue et l’incidence, comme tous les autres événements porteurs d’incertitude et d’émotions vives, il suffit d’éviter les décisions irréfléchies et les réactions impulsives. Historiquement, les marchés ont survécu à des événements bien plus importants. Nous n’encourageons pas les investisseurs à apporter de grands changements à leur programme de placement à long terme sur la foi du résultat d’un scrutin.

Cela ne signifie pas que les gestionnaires de portefeuille de GLC ne sont pas attentifs à ce qui se passe, bien au contraire. C’est à l’échelle des titres que tout se joue véritablement. La capacité de faire abstraction du bruit ambiant pour déceler les occasions futures, comprendre les risques et reconnaître le contexte de concurrence auquel font face les entreprises (pour lesquelles les réalités politiques ne représentent qu’une seule parmi de très nombreuses considérations) est la clé qui permet de bien saisir ce qui va propulser les fortunes des sociétés et les rendements des marchés. Voilà ce qui se produit en tout temps chez les gestionnaires de portefeuille, jour d’élections ou non.   

Et si le résultat était contesté?

Si le résultat du scrutin du 3 novembre est à ce point serré qu’il donne lieu à une contestation vigoureuse et à une remise en question ouverte de sa légitimité même de la part de l’un des deux camps (tant les politiciens que leurs millions de partisans), l’incertitude postélectorale est alors susceptible de mettre à mal les actifs à risque à très court terme. Cette incertitude pourrait durer des jours, voire des semaines. Le seul exemple comparable dans l’histoire récente est l’épisode entre les candidats Bush et Gore en 2000, lorsque l’indice S&P 500 a perdu 5 % de sa valeur entre le scrutin du 7 novembre et le 13 décembre, jour où Al Gore reconnaissait sa défaite. Il est difficile de dire à quel point cette affaire est révélatrice dans le cas présent, car l’indice S&P 500 était à l’époque dans la première moitié de ce qui allait devenir l’éclatement de la bulle technologique (-49 % du 24 mars 2000 au 9 octobre 2002). Nous sommes toutefois persuadés que le peuple américain saura tourner la page et aller de l’avant, tout comme les marchés des capitaux. Comme dans n’importe quelle situation incertaine, il faut contrôler ses émotions, éviter les réactions impulsives et s’appuyer sur un portefeuille de placements bien diversifié pour braver la tempête. Pour en savoir plus sur le même sujet, veuillez lire notre bulletin supplémentaire, intitulé Et s’il ne partait pas?S’ouvre dans une nouvelle fenêtre

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