Brent Joyce explique pourquoi la réduction des risques est l’approche tout indiquée en ce moment

La vice-présidente, Marketing et Communications de GLC, Christine Wellenreiter, s’est entretenue avec Brent à la mi-septembre alors qu’il parcourait le Canada pour rencontrer des clients institutionnels et conseillers en sécurité financière. Voici un extrait de la conversation.

Après un été volatil marqué par des oscillations dans les marchés, des fluctuations historiques des rendements obligataires et des événements géopolitiques à grande portée (notamment le Brexit, les disputes commerciales, les manifestations à Hong Kong et les attaques contre des sites de production pétrolière en Arabie saoudite), nous trouvions le moment propice de discuter avec le chef des stratégies de placement de GLC, Brent Joyce, pour voir en quoi sa vision des marchés a pu changer depuis la parution du bulletin semestriel Perspectives des marchés financiers en juin 2019. 

 « Ce n’est pas le moment de miser gros sur les actions. Pour naviguer entre les écueils de notre horizon prévisionnel, nous recommandons une composition de l’actif défensive et diversifiée qui comporte une exposition aux actions tout en présentant une surpondération en titres à revenu fixe par rapport à l’indice de référence. »  

« Compte tenu des événements du dernier mois, nous nous demandons si quelque chose a réellement changé. Les données fondamentales continuent d’alimenter l’économie mondiale ainsi que les prévisions de bénéfices des sociétés essentiellement comme elles le faisaient il y a un mois (avec les risques demeurant élevés de part et d’autre). La nouveauté, c’est la récente liquidation dans le marché obligataire et la reprise dans les marchés des actions, qui avoisinent ou atteignent des sommets inégalés. Voilà une combinaison de facteurs qui sonne l’heure de passer à des positions légèrement défensives dans le contexte plus large d’un cycle économique arrivé à maturité. Précisons que nous parlons ici d’un léger mouvement seulement. Sur une base rajustée en fonction du risque, les chiffres justifient une légère sous-pondération en actions au profit des obligations. Pour la plupart des portefeuilles équilibrés, cela se traduit par un allègement de l’ordre de 2 % à 3 % des avoirs en actions avec un mouvement proportionnel vers les titres à revenu fixe. »

Brent Joyce, chef des stratégies de placement, GLC Groupe de gestion d’actifs Ltée

Christine : J’ai réfléchi à la volatilité des marchés tout l’été. En juin, vous nous avez prévenus : nous ne pouvons pas nous attendre à un marché haussier généralisé indéfiniment. Aviez-vous raison de le faire? Les choses ont-elles changé? 

Brent : Le marché haussier généralisé s’est terminé, marquant le retour de la volatilité tant pour les obligations que pour les actions. Nous avons assisté à une brusque inversion des rendements obligataires depuis la mi-août et à un léger recul de courte durée du côté des actions, lesquelles ont depuis repris leur trajectoire à la hausse pour atteindre de tout nouveaux sommets. Ces variations relatives pour les actions et les obligations sont au cœur même des récents changements apportés à notre positionnement.

Certaines choses ont changé à divers degrés, mais toujours est-il que nous évoluons dans un contexte de croissance économique qui ralentit. Pour les bonnes nouvelles, l’emploi, la confiance des consommateurs et les ventes de détail (dans l’ensemble) ont maintenu leurs niveaux respectifs et continuent de bien soutenir l’économie. L’inflation demeure contenue. Cependant, depuis la mi-juin, nous déplorons la nette détérioration de trois facteurs majeurs que nous suivons de près, à savoir le cycle des stocks aux États-Unis, les mesures de relance en Chine et les tensions commerciales. Chez nos voisins du Sud, le cycle des stocks, qui montrait des signes de revirement, a subitement basculé en août. Les récentes mesures de relance adoptées par le gouvernement chinois sont bien accueillies, mais il pourrait s’agir de trop peu trop tard. Au chapitre des échanges commerciaux, les négociations s’annoncent longues et ardues. Rappelons-nous qu’à la fin de la rencontre des pays du G20 à Osaka, au Japon, une entente était largement attendue. Depuis ce temps, par contre, nous avons assisté à une nette détérioration du ton. La confiance s’est certes améliorée au cours des deux dernières semaines avec la reprise des négociations, mais par comparaison point par point avec l’état des choses en juin, la situation est en fait pire. Pourtant, les actions sont à un niveau plus élevé qu’elles ne l’étaient alors. Nous peinons à trouver une explication à cela. D’un autre côté, les rendements obligataires viennent tout juste d’effectuer une brusque remontée après les creux marqués de la mi-août. La somme de tous ces événements a fait légèrement chavirer le rapport entre le risque et le rendement, avec pour effet un certain éloignement des actions au profit des obligations. Voici notre thèse : les données fondamentales ont peu changé, tandis que nous avons assisté à une baisse des rendements obligataires de 3 % à ce jour pour l’année et que les actions ont vu leur valeur augmenter et devenir plus chère; il en résulte un attrait moins grand pour les actions et plus grand pour les obligations comparativement à ce qu’il en était il y a un mois. 

Christine : Pourquoi une plus grande prudence est-elle de mise par rapport aux actions? 

Brent : Les marchés des actions ont une dynamique prévisionnelle. Aux niveaux actuels, nous constatons qu’ils assimilent des cours fondés sur un portrait économique beaucoup plus optimiste que ce qui nous paraît justifié. Notre préoccupation est double : d’abord, les perspectives actuelles comportent un degré d’incertitude anormalement élevé; ensuite, le potentiel de hausse risque d’être limité  par la combinaison des évaluations et de la faible croissance des bénéfices des sociétés.

Les prévisions actuelles de croissance des bénéfices, qui tournent autour de 10 % pour 2020, demeurent trop élevées à notre avis, et ce, même si une entente commerciale « secondaire » est ratifiée. En effet, aucune entente provisoire ne suffira à dissiper l’incertitude qui plane sur les décisions d’investissement des sociétés à long terme et le mal est déjà fait : les chaînes d’approvisionnement mondiales ont entrepris de se rajuster et il est peu probable que les sociétés de technologies engagées dans les questions de sécurité nationale soient visées par une entente, quelle qu’elle soit.

Nous nous inquiétons également de l’ampleur de l’aide susceptible d’être offerte par les banques centrales et dont l’effet consisterait à baisser les taux des obligations dans le but de stimuler les ratios cours/bénéfice. L’application de tactiques successives axées sur la détente monétaire risque de ne pas régler un problème qui touche essentiellement au niveau de confiance. Pour les sociétés, le problème n’est pas l’accès à du capital – et les coûts associés – mais plutôt le déploiement de liquidités. Les rachats d’actions s’essoufflent et, compte tenu de toute l’incertitude provoquée par les tensions commerciales, le Brexit et le cycle électoral américain, les sociétés hésitent à investir des capitaux.

À notre avis, toutes ces préoccupations prises ensemble confèrent un aspect coûteux aux actions en ce moment. Nous ne pensons pas qu’une révision à la hausse des attentes pour les cours des actions soit le remède contre des prévisions de croissance des bénéfices pour 2020 à la baisse (mais tout de même positives), surtout vu l’incertitude du contexte macroéconomique. 

Christine : Quelle est l’importance du repositionnement auquel nous faisons référence? 

Brent : Il s’agit d’un léger repositionnement. Soyons clairs : nous estimons que seul un changement modéré est justifié. Il est encore possible de prévoir de petits gains du côté des actions, mais il faut souligner la recrudescence des risques associés à ces titres. Je crois que le plus clair des gains pour 2019 est derrière nous. 

Christine : Les gestionnaires de portefeuille de GLC sont-ils du même avis que vous? 

Brent : Les gestionnaires de portefeuille de GLC sont stratégiquement à l’œuvre pour repérer des avoirs qui cadrent mieux avec une position plus défensive ou encore des avoirs perçus comme plus susceptibles que leurs équivalents de faire bonne figure dans le contexte actuel.                    

Sachant que les gestionnaires des fonds sous-jacents s’affairaient déjà à assurer les changements tactiques à très court terme, le comité de composition de l’actif de GLC – dont je fais partie – a pu s’acheter un peu plus de temps pendant que les risques étaient contenus. Cela nous a bien servis. Cependant, nous croyons que le niveau de risque est désormais plus élevé, tout comme le cours des actions, alors nous réduisons notre exposition à ces dernières et réaffectons les liquidités ainsi dégagées à nos portefeuilles d’obligations diversifiés.             

Nous ne parlons pas d’un changement majeur – un mouvement approximatif de 2 % à 3 % des actions aux obligations dans le cas d’un fonds équilibré. C’est un changement à la marge, qui traduit toutefois notre avis selon lequel les améliorations dans les marchés sont peu nombreuses et plutôt restreintes, tandis que certains secteurs clés se sont carrément détériorés. Entre-temps, le cours des actions continue d’enchérir et les rendements obligataires se sont corrigés à tel point qu’ils sont désormais un peu plus intéressants, surtout compte tenu du rôle que peuvent jouer les obligations comme protection en cas de baisse advenant un nouveau recul des marchés des actions. 

Christine : Donc, Brent, étant donné le changement décrit, quels sont les grands messages que vous aimeriez nous transmettre? 

Brent : Ce n’est pas le moment opportun de miser gros sur les actions. Pour naviguer entre les écueils de notre horizon prévisionnel, nous recommandons une composition de l’actif défensive et diversifiée qui comporte une exposition aux actions tout en présentant une surpondération en titres à revenu fixe par rapport à l’indice de référence.                    

Ne vous méprenez pas : il est judicieux de détenir des actions à long terme. Cette règle fondamentale n’a pas changé. Ainsi, si vous avez un horizon de placement de dix ans ou plus, que vous n’êtes pas réfractaire au risque et que vous ne vous préoccupez pas de la perspective que la volatilité des marchés nuise à l’atteinte de vos objectifs à long terme, vous avez tout lieu de conserver un portefeuille équilibré adapté à vos besoins. Cela est d’autant plus vrai si vous profitez du savoir-faire en matière de sélection de titres inhérent à la gestion active d’un portefeuille à l’intérieur de chacun de vos fonds, où la sélection peut servir à positionner stratégiquement les portefeuilles afin qu’ils fassent mieux que le marché dans l’ensemble. 

Christine : Brent, merci de nous avoir fait bénéficier de votre temps et de vos perspectives. 

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